Anna Frlan - War Chest

Art dans le Bunker

Anna Frlan

Imaginez-vous étant à quatre étages sous terre, vous promenant librement dans un bâtiment qui était si ultra-secret dans les années 60 que même les hauts fonctionnaires étaient confinés à des zones réglementées. En tant qu’artiste en résidence de 2016 du Diefenbunker, j'ai accès à la collection du musée, aux archives, aux plans, aux photos a la bibliothèque, et le meilleur de tout, au personnel compétent comme le directeur des collections Doug Beaton. Au cours de chaque visite, je découvre de nouveaux documents sur la guerre froide, comme What Everybody Should Know About Propaganda, publié en 1952, ou Would Insects Inherit the Earth, un recueil d'avis scientifique sur la possibilité d'un hiver nucléaire. J'ai même été autorisée à visiter la salle des machines pour voir un générateur diesel de Mirrlees en fonte, de couleur vert menthe, et datant d’environ 1960.

Dielenbunker Construction - Archival Photos

Je sais maintenant quels matériaux offrent la meilleure protection contre la poussière de retombées et les rayonnements gamma. En fait, en revenant à mon atelier, j’ai remarqué le sol en béton, les murs en parpaing et la table de soudage en acier. Est-ce que les joints soudés de la table seraient en mesure de résister à la force d'une explosion nucléaire? Le Diefenbunker a été conçu par les ingénieurs de Fenco afin de pouvoir résister à sept tonnes par pied carré, et de seulement se déplacer d’à peu près un pouce dans son encaissement de gravillon. La vidéo de sa construction révèle des quantités massives d'acier dans ses fondations, environ ¾ de la quantité d'acier dans la tour Eiffel, assez d'acier pour occuper ce sculpteur pendant plusieurs vies, à condition d’aimer les barres d’armatures en acier de 4 pouces d’épaisseur.

Mon approche pour la résidence est de faire des recherches sur d’innombrables renseignements concernant la guerre froide, de manière à élargir le champ de mes recherches précédentes sur la guerre mécanisée du 20e siècle. Mon objectif est de comprendre pourquoi la guerre froide a duré si longtemps, et comment les gens ont été affectés par le climat psychologique qui en a découlé, à cette époque. Le gouvernement du Canada avait prévu une stratégie de défense civile et le Diefenbunker était au coeur de ce plan, en tant que station de communication qui permettrait d'assurer le maintien de la gouvernance durant une attaque nucléaire. La protection civile du Canada a exhorté les gens à construire des abris stockés d'eau et de rations. Mais ne vous inquiétez pas si vous ne disposez pas d'un abri, il vous suffit de vous enterrer sous au moins trois pieds de terre, pour vous protéger de l’explosion. D’après moi, c’est comme creuser une tombe.  

Le Diefenbunker m’a incitée à créer des sculptures, pour une exposition qui aura lieu en septembre 2016. Avec l'aide de la conservatrice Megan Lafrenière, nous avons sélectionné six espaces où installer les sculptures. Pour a morcer le projet, j’ai acheté 300 pieds de barres carrées d’un demi-pouce, coupé ce stock en 264 morceaux, et les ai soudés ensemble. Ensuite, je prévois d'acheter 500 pieds de câble aérien. 

Anna Frlan - travaux en cours

Je ressens un sentiment d'urgence à l’approche de l'échéance, et chaque minute passée dans mon atelier est cruciale pour la réalisation de ma vision. C’est ma première expérience d’artiste en residence, et mon espoir est de réussir à créer des sculptures qui fusionnent la recherche et la vision artistique. Et avec un peu de chance, le public sentira peut-être, àtravers mes sculptures, ce que le Diefenbunker m’a, jusqu'à présent, révélé - la futilité d'essayer de survivre à une guerre nucléaire, tout en étant incapable d'ignorer cette menace constamment présente. 

Un livre dans la bibliothèque du Diefenbunker, Witness: The World Since Hiroshima, écrit par Roger Rosenblatt, m’a beaucoup éclairée pour les questions que je me posais sur l'impact psychologique à long terme de la guerre froide sur l'humanité. Rosenblatt voit la preuve de l'impact dans les arts et la culture américaine, par exemple, dans des films comme Dr. Strangelove, Frankenstein, et Invasion of the Body Snatchers. Soit la nature est dépeinte comme étant hors de contrôle, comme le fractionnement du noyau d’atomes d'uranium brisé par des projections de neutrons, pour fabriquer la bombe atomique, soit les gens sont dépeints comme étant impassibles et marchant comme des morts vivants. La théorie de Rosenblatt explique peut-être la popularité actuelle des films de zombies. Il est possible que nous soyons toujours aux prises avec la pensée d'anéantissement, même si la guerre froide est finie.

Ce projet est financé en partie par une subvention de la Fondation communautaire d'Ottawa, et par un Prix du Fonds de dotation Corel pour les arts, qui est administré par le Conseil des arts d'Ottawa.

Restez à l'écoute pour les mises à jour de cet article, alors que je continue à donner des nouvelles sur ma résidence d'artiste au Diefenbunker.