L'œuvre d'Anna Frlan

#LeConseilprésente : Anna Frlan

Jenna Brown

Le Conseil des arts d’Ottawa promeut et développe les arts à Ottawa et fait valoir leur priorité. Notre vision est celle d’une ville enrichie par les effets bénéfiques transformateurs des arts.

Notre série #LeConseilprésente présente les histoires et les expériences des membres du Conseil et des lauréats des prix du Conseil des arts d’Ottawa.

Anna a reçu le Lauréate du Prix du Fonds de dotation Corel pour les arts en 2016.

Anna Frlan aide à la direction de Studio Space Ottawa, une initiative à but non lucratif qui cherche à créer des espaces de travail pour les artistes. Pour en savoir plus, lisez notre article récent au sujet de Studio Space Ottawa et apprenez comment vous le pouvez à fournir des endroits de créations.

D’où venez-vous?Détail d'une bouteille d'oxygène de la série « Instruments of War » d’Anna Frlan

Je suis née à Ottawa, mais mes parents sont croates et ils ont immigré au Canada après la Seconde Guerre mondiale. Leur parcours m’a appris qu’on pouvait toujours choisir un autre chemin dans sa vie. Mon père a d’abord travaillé dans une ferme laitière à Manotick, puis s’est rendu à Ottawa à pied pour apprendre la menuiserie et construire des maisons. Mes parents voulaient pour moi un avenir sûr, c’est-à-dire un emploi avec des avantages sociaux et une pension de retraite. J’ai donc travaillé pour le gouvernement, mais j’ai quitté mon emploi pour réaliser mon rêve d’artiste.

Quand avez-vous commencé à vous impliquer dans la communauté artistique locale?

Pour réaliser mon rêve, je me suis inscrite au programme de beaux-arts de l’Université d’Ottawa. J’ignorais que j’allais devenir sculptrice avant d’être initiée à l’art de créer des formes tridimensionnelles. L’un des professeurs, Roland Poulin, encourageait les étudiants à réaliser de grandes sculptures et il nous affectait à l’un des postes dans l’atelier de sculpture. Et donc, complètement par hasard, j’ai été envoyé à l’atelier de soudure. C’était une activité magique, un moyen de coller instantanément deux morceaux d’acier de façon permanente. Je me suis donné pour ambition, une fois mon diplôme obtenu, de me faire un atelier avec une machine à souder et une coupeuse au plasma. J’ai commencé à créer des œuvres et à les exposer, tout en restant toujours à l’affût de la forme que prendrait la prochaine sculpture.

Comment décririez-vous votre art?

Mes activités artistiques naissent d’un certain regard, de mon imagination, ainsi que de recherches et de la capacité de création. J’ai décidé de trDétail du masque à gaz de la série « Instruments of War » d’Anna Frlanavailler l’acier, qui est pour moi un matériau malléable, féminin et naturel, car il vient de la terre. Tant de possibilités existent! Je veux toutes les découvrir, mais elles sont inépuisables. J’ai découvert que l’acier peut être transformé pour devenir des fleurs, des bombes, des cuisinières, des plats, des arbres, des nids et des os. Le concept de chaque sculpture s’appuie sur mon travail de recherche. Je lis, je déniche des connaissances, des éléments inhabituels et de nouvelles perspectives. Je travaille à révéler l’histoire de l’acier, qui a eu un impact considérable sur nos vies, positif et négatif, depuis la révolution industrielle. L’acier est un matériau imprégné d’histoire, car il est très recyclé. Lorsque de nouvelles tôles et barres d’acier sont livrées à mon atelier, je me demande ce qu’elles étaient avant de parvenir jusqu’à moi : peut-être des voitures, des réservoirs, des réfrigérateurs ou des voies ferrées?

Quel impact a eu votre implication dans la communauté des arts d’Ottawa sur votre vie?

Mes activités artistiques axées sur l’acier m’ont amené à découvrir les quartiers industriels d’Ottawa. Je vois des immigrants créer de petites entreprises de mécanique automobile : ça m’inspire, ça me laisse à penser que peut-être, moi aussi, je peux survivre dans le domaine que j’ai choisi. L’appui du personnel de la Ville d’Ottawa et ses programmes m’ont permis de découvrir qu’il existait une structure de soutien à Ottawa, avec des possibilités telles que des subventions, des lieux pour exposer, le programme d’achats directs et le programme d’art public (1 % du budget de dépenses en immobilisations est consacré aux œuvres d’art publiques). En participant à titre de membre du jury à certains de ces programmes j’ai pu voir à quel point le processus est juste et respectueux. Cette expérience et mon réseau de soutien constitués d’amis et de collègues artistes ont été une source d’inspiration pendant les temps forts et les temps La sculpture « Instruments of War » d’Anna Frlanmorts de ma carrière artistique.

Y a-t-il eu un moment particulièrement important, ou un souvenir qui vous soit particulièrement cher, dans votre parcours d’artiste?

J’étais ravie d’être sélectionnée en 2016 par le Programme d’artiste en résidence du Diefenbunker, le Musée canadien de la guerre froide. Le personnel était accueillant et m’a permis d’accéder aux archives, à la bibliothèque, à la salle des machines et à tous les recoins du bunker. C’était assez bizarre de me balader librement dans le bunker et de rentrer dans des pièces jadis classées « très secrètes », auxquelles les militaires affectés au bunker n’avaient pas toutes accès. Créer des sculptures spécialement pour le bunker a été une expérience enrichissante. L’ambassadrice de la République de Croatie, Marica Matkovic, m’a fait l’honneur de s’exprimer lors du vernissage de mon exposition au bunker. J’ai été toute aussi ravie d’être invitée à participer à une exposition à la Galerie d’art de Windsor en 2017 et de présenter des sculptures de ma série Kitchen Anatomy. Dès que j’ai sorti mes œuvres de leurs caisses, les gens de la galerie ont commencé à poser des questions. Ils étaient surpris que je découpe l’acier à la main, avec une coupeuse au plasma, au lieu de travailler avec des logiciels informatiques ou la technologie robotique. C’est peut-être parce que Windsor était une ville manufacturière, mais mon travail a parlé aux gens là-bas. La Galerie d’art de Windsor a même acheté l’une de mes sculptures pour sa collection. Super, non?

Avez-vous des Une sculpture d’un lave-vaisselle par Annaconseils pour les artistes d’Ottawa ou les artistes en général?

Consacrez le plus de temps possible à la recherche et à la création, et repoussez toujours les limites de votre travail. Ne vous reposez pas sur vos succès. Mettez-vous au défi. Soyez votre propre critique. Soyez impitoyable, éliminez tous vos blocages. Ne croyez pas au syndrome du « pauvre artiste ». Croyez à l’entraide. D’ailleurs, en parlant d’aide, je travaille sur un projet dirigé par Studio Space Ottawa qui vise à établir des ateliers abordables à Ottawa. Je ne veux pas que les artistes abandonnent leur voie parce qu’ils ne peuvent pas trouver d’ateliers pour créer leurs œuvres : c’est tellement triste de voir un potentiel s’envoler!

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment?

Je suis en train de créer une nouvelle série, Instruments of War: Steel and Sound. Je fais des recherches sur l’histoire de la musique et de la guerre et j’étudie la façon dont la musique a été utilisée en tant qu’arme psychologique et un outil de propagande. L’acier a des qualités musicales qui dépendent de la forme qu’on lui donne. Parfois, lorsque je broie de l’acier, je l’entends « chanter ». Je crée des sculptures dont pourront jouer des musiciens improvisateurs professionnels, et mon objectif est de mettre sur pied une performance où les musiciens intégreront les sons de mes sculptures à leur propre musique. Ensemble, nous partagerons nos idées sur la musique et la guerre. 

Quel effet cela vous a-t-il fait de recevoir un prix du Conseil des arts d’Ottawa? Pensez-vous que cela influencera votre carrière?Vue de l’intérieur de l’atelier d’Anna

J’ai reçu le Prix du Fonds de dotation Corel pour les arts juste au bon moment, quand je devais acheter de l’acier pour créer des sculptures pendant ma résidence au Diefenbunker. Je me suis sentie libre de donner vie à ce que j’avais en tête et de dépasser mes limites, car je pouvais créer des œuvres à grande échelle qui prenaient des salles entières. J’avais assez d’acier pour créer une série de onze tourne-disques intitulée Drop the Needle qui faisait écho au livret « Onze étapes pour la survivance » de Planification d’urgence Canada. Mon séjour au bunker était si passionnant que j’ai écrit un article à ce sujet, et le Conseil des arts d’Ottawa l’a publié sur son site Web. Il a ensuite donné lieu à un article que le site Web Canadian Art a publié, et ceci a eu un impact positif sur ma carrière. J’ai eu la chance d’avoir reçu ce financement et je remercie les membres du jury de me l’avoir octroyé.