Gillian King

#LeConseilprésente – Gillian King

Jennifer Clark

Crédit photo: Julia Martin

Gillian King : Avancer dans un monde abîmé

Le Conseil des arts d’Ottawa appuie les artistes et organismes artistiques par l’entremise de leadership, de conseils et par la création d’opportunités afin de promouvoir et faire avancer notre potentiel créatif local.

Notre série #LeConseilprésente présente les histoires et les expériences de membres et de récipiendaires de prix du Conseil des arts d’Ottawa.

Gillian a reçu Le Prix RBC pour les artistes émergents en 2017.

Gillian King

Crédit photo: Olivia Johnston
 

Quand avez-vous commencé à vous impliquer dans la communauté artistique locale?

Ottawa m’a accueillie à bras ouvert et j’y ai rencontré beaucoup d’artistes fabuleux et talentueux, des passionnés, des collectionneurs. Je me suis installée à Ottawa en 2013 et deux semaines plus tard, j’ai commencé à travailler pour Guy Bérubé à la galerie La Petite Mort, j’ai trouvé un studio à la Rectory Art House, puis j’ai commencé à donner des cours par l’entremise de Wallack’s.

En 2014, j’ai commencé des cours de maîtrise de beaux-arts à l’Université d’Ottawa. Pendant le deuxième semestre, j’ai fait un stage à PDA Projects, une galerie d’art contemporain dirigée par un ancien du progamme des beaux-arts, Brendan A. de Montigny. PDA Projects a commencé à me représenter en tant qu’artiste en 2016.

À l’automne 2016, j’ai obtenu ma maîtrise, et mon travail de thèse, « Becoming Animal », a été exposé à la Galerie d’art d’Ottawa. Ensuite, Enriched Bread Artists m’a proposé un studio dans le quartier de la Petite Italie, et j’ai commencé à travailler comme adjointe à la Galerie St.-Laurent + Hill, dans le Marché By. Fin 2017 et début 2018, j’ai travaillé en Europe (Allemagne, France et Islande) et je suis maintenant de retour à Ottawa, où je travaille dans mon petit studio fourni par EBA.

Comment décririez-vous votre art?

À travers mes grands tableaux abstraits, j’essaie de me connecter à des pratiques artistiques anciennes et à nos paysages contemporains en pleine transformation, pour parler de notre histoire collective, de notre fragilité et de notre mortalité, de notre interdépendance avec les autres espèces vivantes de la planète. Je m’inspire de l’écologie, de la paléontologie, de la politique, du mysticisme, des sciences occultes, et j’utilise des matériaux particuliers, comme des plantes et végétaux, des poils et cheveux, des cendres animales, du sable, de la terre, et des pigments purs, pour leurs propriétés physiques et leur signification symbolique. Mes peintures abstraites sont un moyen d’explorer des façons d’avancer à notre époque, dans un monde si abîmé. J’essaie de définir l’animal humain et de trouver des moyens de retrouver notre place dans la nature, parmi les autres êtres vivants.

Quel impact a eu votre implication dans la communauté des arts d’Ottawa sur votre vie?

Ma pratique artistique a beaucoup évolué depuis mon arrivée à Ottawa. En participant à la communauté des arts locale, j’ai pris confiance en moi, j’ai noué de vraies amitiés et j’ai pu exposer mon travail dans plusieurs galeries. Je trouve que la communauté des arts d’Ottawa est très accueillante et encourageante, comme celle de Winnipeg où j’ai fait mes débuts.

Y a-t-il eu un moment particulièrement important, ou un souvenir qui vous soit particulièrement cher, dans votre parcours d’artiste?

Il y en a tellement! L’un des plus récents a été mon séjour d’un mois en tant qu’artiste en résidence dans un village de pêcheurs appelé Skagastrond en Islande, en janvier.

Le premier jour dans le grand studio collectif, une ancienne poissonnerie, je faisais connaissance avec les autres artistes, quand une cinéaste écossaise très enthousiaste est venue me voir. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Rianne et m’a demandé si elle pouvait utiliser mon masque à gaz pour nettoyer une patte de phoque qu’elle avait trouvée sur la plage. Soudainement, elle m’a lancé : « eh, tu es l’artiste qui cherche des colorants naturels, non? » J’ai répondu « oui », et elle m’a dit « viens à la plage avec moi, on ramassera quelques algues, et je te dirai où trouver des os! »

Il y a eu une connexion instantanée entre nous. Deux artistes bizarres, créant des œuvres qui sentaient l’océan. Pour moi, ces expériences sont l’un des aspects les plus magiques de la vie d’artiste. On se fait de nouveaux amis, on rencontre d’autres artistes, on explore de nouvelles régions du monde, et on nous donne le temps et l’espace qu’il faut pour créer, un vrai luxe pour de nombreux artistes.

Gillian King

Crédit photo: Elke Fiebig

Avez-vous des conseils pour les artistes d’Ottawa ou les artistes en général?

Travaillez fort. Faites-vous des amis, créez des choses qui vous font vibrer et demandez ce qu’il vous faut. Apprenez à rebondir après un rejet, et gardez toujours à l’esprit que tous les artistes, même les meilleurs, se font parfois dire non. Je trouve que la meilleure chose à faire avec une lettre de refus est de la détruire, physiquement et mentalement, et de se consacrer ensuite complètement à la prochaine demande.

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment?

L’automne dernier, j’ai commencé à faire des recherches et à travailler en vue d’une exposition solo, Ghosts, avec PDA Projects en avril. J’avais un studio à Berlin, en Allemagne, et j’ai passé l’automne et l’hiver à voyager en Europe pour voir les peintures rupestres, les formations géologiques et les volcans.

J’ai travaillé avec une couturière allemande qui crée des vêtements écologiques, Still Garments par Elke Fiebig. Elle m’a appris à teindre mes toiles avec des plantes locales. Cette nouvelle approche m’a forcée à travailler plus lentement. Chercher des plantes dans les fourrés prend du temps, mais c’est incroyablement gratifiant. En récoltant moi-même mes plantes, j’apprends à comprendre mon environnement, mes matériaux, et notre fonction dans l’écosystème. Je récolte des plantes pour en faire des teintures, et des sédiments rocheux. Je collecte aussi des déchets alimentaires, comme des noyaux d’avocats et des pelures d’oignons pour en faire des teintures.

Pour approfondir les thèmes de mon travail, je lis des auteurs qui parlent de l’Anthropocène en tant que « résident du Trouble » (« Staying with the Trouble », Donna Haraway), de féminisme anthropocène (Richard Grusin) et de l’art de vivre sur une planète endommagée (Anna Tsing, Heather Swanson, Elaine Gan, Nils Bubandt).

Quel effet cela vous fait-il de reçu un prix du Conseil des arts d’Ottawa?

J’étais absolument ravie de recevoir le Prix de la BRC pour les artistes émergents, et de voir mon travail reconnu par des membres respectés de la communauté des arts d’Ottawa. Ce prix, avec le prix Nancy Petry, m’a permis de terminer mes dernières créations et d’explorer des régions du monde que je n’aurais jamais pensé pouvoir visiter si tôt dans ma carrière.

Vous voulez en savoir plus sur l’artiste? Visitez www.gillianking.com ou retrouvez @agillianking sur Instagram.

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Le processus de mise en candidature pour Le Prix RBC pour les artistes émergents est clos pour 2018, mais les soumissions aux prix décernés pour des projets sont acceptées jusqu’au 6 avril.

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