Une femme debout sur la scène éclairée à plein feu

#LeConseilprésente : Megan Piercey Monafu

Braelyn Cheer

Le Conseil des arts d’Ottawa promeut et développe les arts à Ottawa et fait valoir leur priorité. Notre vision est celle d’une ville enrichie par les effets bénéfiques transformateurs des arts.

Notre série #LeConseilprésente présente les histoires et les expériences des membres du Conseil et des lauréats des prix du Conseil des arts d’Ottawa.

Megan est lauréate du Prix du Fonds de dotation Corel pour les arts en 2019.

Un portrait de Meagan1. D’où venez-vous?

Je suis originaire d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, et j’ai vécu à Corner Brook (T.-N.), à Montréal et à Toronto. Je me suis établie à Ottawa il y a 8 ans.

2. Quand avez-vous commencé à vous impliquer dans la communauté artistique locale?

Je me suis impliqué dans la communauté théâtrale à Ottawa dès mon arrivée en 2011, en produisant et en mettant en scène mes propres pièces. Puis, en 2015, j’ai commencé à construire la communauté CSArt Ottawa et, grâce à cette initiative, j’ai pu rencontrer de nombreux artistes locaux dans toutes les disciplines. Il y a tellement de potentiel de collaboration interdisciplinaire à Ottawa si on est curieux et qu’on prend le temps d’explorer le travail de chacun!

Cette année, je suis la dramaturge en résidence du Great Canadian Theatre Company, et j’ai également une résidence artistique au Undercurrents Festival. Dans le cadre de ces deux programmes, je travaille sur une pièce de théâtre intitulée Strata Inc.

3. Comment décririez-vous votre art?Une vue de l’auditoire lors d’une présentation de Meagan

Je suis dramaturge avant tout et la mise en scène me passionne. J’aime travailler avec d’autres dramaturges et je mets souvent en scène mon propre travail, car l’aspect visuel est très présent dans mon processus de création, quand j’écris. Les gens me tiennent beaucoup à cœur et j’invite les interprètes et les concepteurs à participer au projet sur un pied d’égalité. Quand je me charge de la mise en scène, je peux alors établir un climat ouvert et respectueux.

L’accueil des autres est un thème récurrent dans tout mon travail. Dans le cadre de mon poste de directrice artistique à CSArt Ottawa, je suis principalement attachée à un rôle de conservatrice et de productrice événementiel. Je cherche à faire en sorte que les artistes, les partenaires de la communauté et le public se sentent les bienvenus à chaque étape du processus et qu’ils puissent contribuer avec leurs idées. Quand je prends la tête de groupes et de projets communautaires, le principe est le même et, d’une manière, cela s’est inscrit dans mon art : créer un espace fait partie de mon art.

4. Quel impact a eu votre implication dans la communauté des arts d’Ottawa sur votre vie?

À Ottawa, j’ai rencontré tant d’artistes gentils, facile à aborder et avec les pieds sur terre. Je trouve que c’est une ville d’une taille idéale pour s’établir. J’ai l’impression que c’est un endroit auquel je peux contribuer.

Ottawa est un bon eUne femme debout sur la scène éclairée à plein feundroit pour présenter des œuvres inédites. Il y a ici un public ouvert et prêt à accueillir de nouvelles idées. Comme partout, il faut s’employer à le trouver, mais il existe. Contrairement à de plus grandes villes, il n’y a pas une multitude d’événements artistiques, j’ai donc le sentiment que l’art est moins vu comme un produit de consommation, c’est quelque chose de plus personnel et de plus précieux.

5. Y a-t-il eu un moment particulièrement important, ou un souvenir qui vous soit particulièrement cher, dans votre parcours d’artiste?

Le théâtre en tant que discipline artistique est ponctué de moments dans le temps qui créent de nombreux bons souvenirs. Mais, je vis un moment vraiment unique à chaque fois que je trouve un nouveau collaborateur, que je rencontre une « âme sœur ». Quand ça arrive, je prends ça très au sérieux, et par chance, j’ai trouvé des personnes tout aussi sincères avec lesquelles travailler. Tomber en extase devant le travail d’une ou d’un autre artiste, collaborer, créer une langue de travail, découvrir ses forces et faiblesses respectives, et ensemble réussir à porter une création sur scène, voilà les temps forts. 
 
Et là, en repensant à ces moments, leur noirceur me frappe. Une fois, alors que la soirée d’ouverture du spectacle approchait, un proche collaborateur et moi avons vécu un moment de désespoir. Nous n’avions pas d’argent pour faire notre travail, nous faisions les allers et retours entre Ottawa et Toronto à nos frais, nous payions les autres artistes de notre poche et notre stress se répercutait sur nos deux partenaires respectifs. Faire du théâtre n’est pas une activité très rationnelle. Mais, trouver ceux qui croient en une œuvre d’art et qui font fi de toute rationalité est unique.

6. Avez-vous des conseils pour les artistes d’Ottawa ou les artistes en général?

Trouvez votre « troupe », votre famille artistique. J’ai dû prendre mon Des musiciens dans une pièce théâtralemal en patience avant de trouver la mienne. Je ne l’ai pas trouvée tout de suite, et j’étais jalouse de tous les gens qui s’étaient bien entourés. Mais, j’ai trouvé des collaborateurs en travaillant et par le biais du programme de création littéraire de la maîtrise en beaux-arts de l’Université de Guelph. Je les ai trouvés en contactant des artistes que j’admirais et en mettant en scène mes propres projets.

Je crois que les artistes ont tendance à se renfermer sur eux-mêmes, surtout après avoir été rejetés par des organismes de financement ou des groupes de pairs. On peut avoir le sentiment qu’on est tous en concurrence. Mais ce n’est pas vrai, surtout à Ottawa, et cette attitude nous nuit. Cherchez des alliés partout. Il y a peut-être beaucoup de personnes dans la communauté avec lesquelles vous pourriez créer quelque chose de beau, même si, à première vue, ces personnes ne semblent pas être celles avec qui vous « accrochez ».

7. Sur quels projets travaillez-vous en ce moment?

Je suis en train de monter une pièce intitulée Strata Inc. qui se déroule dans un avenir proche où les gens se connectent à Internet et socialisent grâce à la réalité virtuelle. La pièce suit un pirate informatique qui rejoint une entreprise de piratage et des utilisateurs de ce nouveau monde de la réalité virtuelle, tout en explorant les enjeux que sont le droit à la vie privée, les connexions, la sécurité et l’accès en ligne.

Une comédienne qui s’agenouille sur la scène lors qu’un deuxième comédien observe soucieusementEn écrivant la pièce, j’ai commencé à travailler avec Johnny Wideman, l’un de mes collaborateurs préférés et une personne que j’apprécie vraiment. Johnny a créé la conception sonore de toute la pièce, avec notamment de la musique électronique glitch-hop et des paysages sonores atmosphériques. Ensemble, nous avons élaboré la mise en scène, dont l’élément créatif principal est l’utilisation de casques audio. Le public et les acteurs, reliés par l’expérience audio, entrent ensemble dans un cercle, se rejoignent et peuvent se voir. Avec ce style de mise en scène, nous cherchons à symboliser la vie en ligne.

8. Quel effet cela vous a-t-il fait de recevoir un prix du Conseil des arts d’Ottawa? Pensez-vous que cela influencera votre carrière?

Recevoir le Prix du Fonds de dotation Corel pour les arts a été un véritable cadeau dans le processus de création de Strata Inc. Dans le théâtre, on n’a généralement pas besoin d’investir dans du matériel technologique au stade de l’élaboration de la pièce, mais pour ce projet, c’était nécessaire, et cela n’aurait pas été dans mes moyens sans ce prix. Je suis reconnaissant de cette capacité financière qui me permet d’avancer dans le projet et des encouragements pour poursuivre sur cette voie.