À l'affiche : l'édition poésie automnale

Le 17 mardi November 2015h

Le 3 novembre 2015, la série À l’affiche du Conseil des arts d’Ottawa a ouvert ses portes à une lecture de poèmes. Depuis 2008, À l’affiche accueille des expositions d’artistes visuels ; cette année marque le coup d’envoi de la mise en évidence du domaine littéraire. La soirée présentait les poètes d’Ottawa : Brecken Hancock, Rob McLennan et David O'Meara.

Des tables remplies de fruits et de fromage nous attendent, dès notre arrivée, et nous sommes accueillis par Sharon Diamond et Stéphane Lauzon, personnel du Conseil des arts d’Ottawa. Sharon nous invite à prendre un feuillet de papier de couleur, mais refuse de nous dire pourquoi. Il y a du vin et des conversations informelles. Puis, le directeur administratif, Peter Honeywell est le premier à s’asseoir, donnant ainsi le ton de la soirée. Il donne les grandes lignes de la déclaration de mission du Conseil et mentionne le succès retentissant de ses efforts, à l’aube de son 33e anniversaire.

Mur de poésie

La salle est haute de plafond, impressionnante ; la salle de réunion du Conseil des arts a été convertie pour l’occasion et ne ressemble guère à un lieu d’affaires. Les expositions d’À l’affiche présentent, depuis plusieurs années, les œuvres d’artistes en arts visuels, mais une lecture de poésie est un nouveau territoire. Le but, nous dit Peter, est que la soirée laisse une empreinte dans la salle. Comme il se doit, des extraits encadrés de l’œuvre de Brecken, de Rob et de David sont accrochés au mur du fond.

Sharon nous demande de lever le bras en montrant nos morceaux de papier afin de déterminer qui va passer en premier, nous avons choisi nos bulletins au hasard. Cinq pour David, six pour Rob — et sept pour Brecken. Par pure coïncidence, les poètes vont faire leur lecture dans l’ordre annoncé.

Brecken HancockBrecken, une Finaliste des Artistes émergents RBC de 2015  lit “The Art of Plumbing” tiré de Broom Broom. Elle nous avoue qu’elle ne vit à Ottawa que depuis peu de temps, mais il est difficile d’imaginer la scène de la poésie ici, sans elle. Broom Broom a remporté le Prix du livre Trillium pour la poésie, l’an dernier. C’est une force de poésie bouillonnante et brûlante au milieu de laquelle siège obliquement, en morceau long, « The Art of Plumbing ».

rob mclennanRob McLennan, l’une des personnalités littéraires les plus éminentes d’Ottawa, est à côté de la scène. Les phrases de la poésie de Rob prennent la forme de missives laconiques, elles sont plus suggestives que descriptives, et s’entrelacent en un récit calme. Rob était le lauréat du Prix d’artiste à mi-carrière de 2014, qui ne reconnait pas seulement son travail, mais ses institutions dans la communauté. Rob dirige above/ground press, Chaudiere Books, Touch the Donkey, Ottawater et The Factory Reading Series; il est étonnant qu’il trouve encore le temps de lire son propre travail.

David O'Meara

David, a été trois fois lauréat du prix Archibald Lampman et dans le passé, un juré du Prix du Conseil des arts d’Ottawa, sa lecture est plus calme et réfléchie. Il donne vie a son travail prosaïque et ludique, avec sa voix chaleureuse qui remplit la salle, et se contente de minimiser la rime interne et la cadence de ses morceaux en leur donnant un rythme plus terre-à-terre, comme le ferait un conteur plutôt qu’un soliste. Il est lui-même l’une des pierres angulaires de la poésie à Ottawa, David était le directeur artistique fondateur de VERSeFEST, le festival international de la poésie qui se réunit chaque année dans la capitale.

La valeur des Prix du Conseil des arts d’Ottawa et de ses homologues ne doit pas être sous-estimée pour les artistes professionnels, en particulier dans la scène littéraire. La communauté poétique est petite et son public limité. Malgré le travail acharné des poètes envers leur métier et toute leur contribution à la scène poétique – bien qu’ils dirigent des « zines, des maisons d’édition, et des séries de lecture — la compensation financière qui en découle est souvent minime. Les Prix fédéraux et les subventions sont donc cruciaux et permettent de réduire les charges financières afin que les artistes puissent consacrer plus de temps et donner plus d’énergie à leur communauté.

Pourtant, ces prix sont décernés sur la reconnaissance, et les voix ne peuvent toutes être entendues. Il est souvent difficile pour les écrivains en herbe, qui manquent d’influence et dont l’œuvre est naissante, de se mettre eux-mêmes en évidence. Le Prix des artistes émergents RBC du Conseil des arts d’Ottawa a été créé pour combler ce genre de lacune. Cette année, sa date limite est le 11 décembre.

Le petit cadre intime de la salle de réunion du Conseil des arts ne nécessitait pas de microphone, et la voix de nos lecteurs remplissait d’elle-même l’espace. Cela a aussi laissé une empreinte dans la salle ; une énergie calme, mais féroce qui demeura là, même après que tout fût rangé et que nous soyons partis.

Texte : Liam Burke
Photos : Stéphane Lauzon